Hacked By Yuriz MA


Pour réagir face à la colonisation de certains milieux sensibles en région méditerranéenne par des plantes dites envahissantes, l’Agence méditerranéenne de l’environnement (AME) et le Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles, avec le soutien de la région Languedoc-Roussillon et de la Direction régionale de l’environnement Languedoc-Roussillon, ont lancé une action régionale sur les espèces végétales envahissantes.

’’Les invasions biologiques sont désormais considérées au niveau mondial comme la deuxième cause d’appauvrissement de la diversité biologique, juste après la destruction des habitats’’, selon la Convention sur la diversité biologique - Programme des Nations Unies pour l’environnement - 2001.

Une opération pilote remarquable

Ce programme ’’plantes envahissantes’’ est une opération pilote en France et en Europe. Il se singularise par la prise en compte globale du problème des invasions des milieux naturelles par les plantes envahissantes et par la participation des professionnels de l’horticulture. Une liste des plantes jugées envahissantes a été dressée, une base de données créée. Un plan régional d’action et de sensibilisation a été mis en place, avec publication du guide ’’Plantes envahissantes de la région méditerranéenne’’ (voir la rubrique en savoir plus en fin de l’article).

*Le mimosa a une croissance rapide mais une durée de vie relativement courte. Les graines ont une durée de vie de 50 ans, et un arbre en produit dès l’âge de 5 ans. Mais l’extension des peuplements est surtout assurée par le drageonnement et les rejets de souche. Le mimosa d’hiver (Acacia dealbata) forme des peuplements denses qui entrent en compétition avec la flore indigène. Il émet des substances toxiques qui limitent la germination et la croissance racinaire de la végétation locale. Les colonies formées perturbent la dynamique naturelle des formations végétales littorales ou rivulaires. Le mimosa a un système racinaire superficiel, il est donc facilement déracinable lors des crues au bord des cours d’eau. Enfin, il est fortement inflammable, ce qui augmente les risques d’incendie.

JPEG - 108.3 ko
Acacia dealbata : le mimosa est un dangereux envahisseur.
Cliquez pour agrandir

Au fait, une plante envahissante, c’est quoi ?

C’est une plante naturalisée dans un milieu qui n’est pas le sien à l’origine, c’est-à-dire une plante exotique au sens premier du terme.
Une plante envahissante se définit aussi en fonction des impacts négatifs qu’elle fait subir aux écosystèmes naturels, à l’agriculture, au paysage, à la santé publique, dès qu’elle prolifère.
Elle peut aussi se définir comme une plante naturalisée ayant une capacité de reproduction importante qui lui permet de se propager sur une zone géographique étendue.

*L’arbre aux papillons (Buddleja davidii) forme des peuplements denses qui concurrencent la végétation autochtone des cours d’eau et empêchent la reproduction et l’installation d’autres espèces d’arbres et d’arbustes. Les arbustes aux racines superficielles sont facilement emportés lors des crues, ce qui forme des embâcles et provoque l’érosion des berges. Il est donc déconseillé de planter cet arbuste près d’un espace naturel ou d’une voie de propagation. Buddleja alternifolia est une autre espèce très envahissante à éviter, originaire de Chine.

JPEG - 10.5 ko
Buddleja sp. : détail des fleurs.

JPEG - 134.3 ko
Buddleja sp. : l’arbre aux papillons.
Cliquez pour agrandir

Quels sont les habitats envahis ?

Les plantes envahissantes s’installent et se propagent, dans un premier temps, dans les habitats instables et modifiés par l’homme. Puis, au bout d’un temps plus ou moins long, ces plantes gagnent les habitats naturels ayant subit des perturbations.
On trouve aussi ces plantes dans des habitats peu perturbés, mais dont les caractéristiques correspondent à leurs besoins en termes d’implantation et de développement. En région méditerranéenne, les bords des courts d’eau peuvent être envahis par le faux-indigo, la balsamine de l’Himalaya, la renouée du Japon ou l’arbre à papillon. Le mimosa d’hiver a connu un développement considérable sur certains sols acides au détriment de la végétation d’origine. Le figuier de Barbarie ou la griffe de sorcière sont des plantes succulentes qui font aussi figure de pestes végétales dans certains milieux.

*Les griffes de sorcière sont parmi les végétaux exotiques qui posent le plus de problèmes écologiques dans les zones littorales à climat méditerranéen. Carpobrotus edulis semble plus envahissant que Carpobrotus acinaciformis, et il existe un hybride encore plus compétitif. Ces espèces modifient le milieu dans les falaises et les dunes, elles peuvent compromettre la survie d’espèces endémiques, rares ou protégées.

JPEG - 110.1 ko
Carpobrotus edulis et acinaciformis : une crassulante encombrante.
Cliquez pour agrandir

JPEG - 105.4 ko
Carpobrotus edulis et acinaciformis : détail de la fleur.
Cliquez pour agrandir

Des nuisances multiples

- Sur l’environnement : le caractère très compétitif des plantes envahissantes provoque une diminution de la biodiversité végétale. Ce qui est particulièrement grave quand ce sont des espèces rares qui disparaissent.
- Sur les pratiques humaines : certaines plantes envahissantes peuvent gêner la chasse, la pêche, l’élevage et la gestion de l’eau. Par exemple, les jussies ont envahi les cours d’eau calmes, les roubines et les étangs en Languedoc-Roussillon, ce qui gêne la circulation des barques, diminue les surfaces des plans d’eau dans les marais de chasse ; elles sont délaissées par les herbivores d’où une perte d’espace à pâturer.
- Sur la santé publique : l’ambroisie en Rhône-Alpe provoque le rhume des foins, la grande berce du Caucase est responsable de brûlures cutanées.
- Sur les paysages : le robinier faux-acacia, l’arbre aux papillons, le mimosa ont profondément modifié certains paysages en éliminant les plantes d’origine, même si ces plantes ont un intérêt ornemental indéniable.
- Sur l’agriculture : certaines plantes concurrencent les espèces cultivées pour les ressources en eau et en éléments nutritifs. Le séneçon du Cap est toxique pour le bétail, ce qui diminue la valeur pastorale des terres, et il envahit les vignobles.

*Certains figuiers de Barbarie entrent en compétition avec la flore locale, notamment dans les milieux rocheux au dépend de nombreuses espèces rares. On rencontre Opuntia undulata originaire du Mexique, plante étalée, et Opuntia monacantha d’Amérique du Sud, à port dressé.

JPEG - 142.6 ko
Une espèce d’opuntia naturalisée en milieu rocheux.
Cliquez pour agrandir

JPEG - 149.9 ko
Une autre espèce d’opuntia naturalisée.
Cliquez pour agrandir

Les méthodes de contrôle

Il existe différents moyens de contrôler l’expansion des plantes envahissantes. Le choix se fera après un diagnostic précis de chaque cas.
- Le contrôle manuel et mécanique : il repose sur l’arrachage, le fauchage, le débroussaillage ou les coupes de ligneux. Les coûts sont souvent très élevés mais l’efficacité est au rendez-vous. Encore faut-il que l’invasion ne soit pas trop importante.
- Le contrôle chimique : là encore les résultats sont partiels et temporaires. Et l’impact sur la biodiversité et l’environnement est loin d’être négligeable.
- Le contrôle biologique : par introduction de consommateurs ou de parasites qui s’attaquent aux plantes envahissantes.
- Le contrôle écologique : l’arrêt des perturbations naturelles ou humaines ou la restauration des milieux dégradés peuvent être des méthodes efficaces.

*Le robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) se rencontre abondamment dans les milieux ouverts et perturbés : friches, talus, bords de route. Il s’est aussi naturalisé dans les forêts de montagne, les prairies et les bords de rivières. C’est un arbre agressif qui empêche la croissance des espèces natives, très robuste, qui résiste à la sécheresse et au froid. Il perturbe fortement les écosystèmes colonisés. Il contient de la robine et de la robinine, deux substances toxiques pour l’homme.

JPEG - 109.9 ko
Robinia pseudoacacia à la belle floraison parfumée.
Cliquez pour agrandir

JPEG - 106 ko
Robinia pseudoacacia : détail des feuilles.
Cliquez pour agrandir

Le programme régional Languedoc-Roussillon

Il a débuté en 2001 avec pour vocation de prendre en compte le problème des plantes envahissantes dans sa globalité et d’étendre les actions à l’ensemble du territoire régional.

Plusieurs objectifs : identifier les espèces envahissantes et évaluer le degré de dangerosité des espèces susceptibles d’être introduites, porter une attention particulière sur les espèces présentes dans les habitats protégés ou à forte valeur patrimoniale, informer et sensibiliser les professionnels de l’horticulture et les responsables des services environnement et espaces verts des collectivités locales, et par leur biais toucher aussi le grand public.

En savoir plus :
- Ces informations sont issues du document rédigé par l’Agence méditerranéenne de l’environnement et le Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles : ’’Plantes envahissantes de la région méditerranéenne’’.
- Un guide est disponible sur Internet sur le site de l’AME
- AME : Espace littoral de l’Hôtel de région, le Millénaire II, 417 rue Samuel Morse, 34000 Montpellier.
Tél. : 0467229384
Internet : www.ame-lr.org

Portfolio

Opuntia sp. : certaines espèces de figuier de Barbarie colonisent des (...)